Juan Diego Flórez au Théâtre des Champs Elysées

Jour de fête !

12 novembre 2017 : "Ah ! Mes amis, quel jour de fête ! ", le premier bis de Juan Diego Flórez pourrait résumer cette magnifique et jubilatoire soirée. 
Dans tous les répertoires abordés, le ténor anoblit l’art du chant. 
Musicien hors pair né avec un charme vocal et une virtuosité athlétique, il n’a cessé de perfectionner ses qualités dans toutes les langues désormais. 

Prince des charmeurs pour une première partie consacrée à Mozart, un baume sur le phrasé. Il façonne les lignes d’une sensibilité innée pour Don Ottavio et Tamino et il pare Idomedeo de colorature, il n’a rien perdu de son passé belcantiste.

Maria by Callas, l'exposition

En tête à tête avec la Divina


12 novembre 2017 : Il ne vous reste qu’un mois pour vous immerger dans l’intimité de Maria by Callas, la première exposition de la Seine Musicale qui rend hommage à la cantatrice. Ce parcours d’une prodigieuse richesse la remet au centre du récit de sa vie, balayant beaucoup de contre-vérités qui ont édifié sa légende.

Il y a 40 ans que Maria Callas s’est tue, jamais éclipsée encore moins oubliée. Apparue comme un météore dans le monde des "chanteurs vieux style avec des conventions ridicules dignes du cinéma muet", elle fut l’astre qui révolutionna le lyrique, apportant du neuf au théâtre en y semant la vérité et la tragédie. 

Casque audio vissé sur les oreilles, cette expérience intime nous laisse en tête à tête avec la Divina. Maria raconte Callas dans la profondeur de confessions intimes, touchante et pudique. On réalise à quel point elle a intimement payer le prix de la dévotion à son art. La presse aimait propager l’image d’une diva capricieuse, c’était oublier son exigence, la recherche de la perfection dans un travail rigoureux comme ses fastidieux apprentissages des partitions, tellement myope qu’elle devait tout apprendre par cœur. 
Au fil de l’écoute, sa voix nous guide, son chant éveille à l’émotion pure. "Chanter, pour moi, n’est pas un acte d’orgueil, mais seulement une tentative d’élévation vers ces cieux où tout est Harmonie" disait-elle.


Don Carlos à l'Opéra de Paris

La tête dans les étoiles

©Agathe Poupeney/OnP
23 octobre 2017 : S’il est fréquent de programmer Don Carlo en italien, il est très rare de monter Don Carlos, l’œuvre en 5 actes sur un livret en français telle que Verdi la livra à l’Opéra de Paris il y a 150 ans. Il est tout aussi rare d’y convier cinq interprètes dans l’âge d’or de leurs performances vocales: Jonas Kaufmann,Sonya Yoncheva, Elina Garanca, Ludovic Tézier et Ildar Abdrazakov. Des voix rompues à l’intensité capables de débordements héroïques et d’intériorité profonde. 

Les grandes espérances de ce Don Carlos auront tenu toutes leurs promesses, ce sont cinq heures d’un festin vocal qui filent comme un rêve éveillé. D’autant que cette partition de Verdi est purement envoûtante, une œuvre forte au style musical si abouti que l’on a du mal à imaginer que sa création connut un accueil mitigé. 

En contraste avec l’or pur, la mise en scène de Krzysztof Warlikowski n’éblouit pas. En confiant cette nouvelle production au metteur en scène polonais, Stéphane Lissner savait que sa conception serait assez éloignée de l’Espagne de Velázquez. Elle se révèle un peu fade et froide, loin des brûlures de la partition. Personnellement, je lui reprocherais son absence d’obligeance envers cette pléiade d’étoiles réunies pour transcender ce chef-d’œuvre de Verdi. 
Ce sont les voix qui prennent toute la place et on en oublie la mise en scène.

"Mon âme a reconnu votre âme" de Cathie Hubert

Poèmes et peintures inspirés par Jonas Kaufmann

"Mon âme a reconnu votre âme" chante Werther à Charlotte dans l’opéra de Jules Massenet, c’est aussi le titre du recueil de poèmes, dessins et peintures de Cathie Hubert, inspirés par la voix prodigieuse de Jonas Kaufmann

Un soir de 2010, lorsque le rideau se lève, le public parisien ne sait pas encore que l’ombre bleutée de ce Werther va les plonger dans une délicieuse catharsis pendant trois heures. Synchronicité aurait dit C.G. Jung, la coïncidence significative qui saisit, les mots du poète résonnaient dans le cœur et l’âme de chacun.

Pour Cathie Hubert, c’est après avoir vu Jonas dans Manon Lescaut à Londres en 2014 que ce livre s’est imposé. C’était la découverte qu’une grande émotion peut modifier le cours d’une vie et ouvrir un nouveau chemin de création. Dans un second livre intitulé "Capteur de Merveilles", elle lui rend une nouvelle fois hommage : "Je dessine les sentiments que sa voix m’inspire, ce qu’il exprime, ce qui fait battre le cœur et l’âme lorsque je l’entends et le regarde".

Artiste peintre depuis près de 30 ans, elle est aussi poète et amoureuse de l’art lyrique. "J’aime l’opéra, l’art, les livres et tout ce qui parle à l’âme" dit-elle. Car c’est bien l’authenticité du contact d’âme à âme entre ce ténor et son public que l’on capte immédiatement qui fait la puissance de ce lien subtil qu’elle met en poèmes et en images.

Exposition Mozart au Palais Garnier

"Je mets ensemble les notes qui s’aiment"

© Christophe Pelé / Opéra national de Paris
31 juillet 2017 : Pour ceux qui restent en ville cet été, allez voir (et entendre) cette remarquable exposition qui relate les relations particulières et passionnées qui liaient Mozart et la France: "Mozart, une passion française".

Car le compositeur le plus joué à l’Opéra Garnier a dû faire face au mépris et aux controverses de l’intelligentsia parisienne avant que son génie musical soit reconnu post mortem.

Pour exemple, dans ce temple du goût qu’est l’Opéra de Paris en 1805, un débat fait rage autour de Don Giovanni controversé car remanié pour sa création. Les adversaires du compositeur dénoncent le "tintamarre confus" de la musique allemande, et ses partisans qui, ne reconnaissant plus ses œuvres, crient au "vandalisme".

La Bibliothèque nationale de France et l’Opéra de Paris ont réuni plus de 140 pièces - certaines inédites - pour retracer les grande étapes de la reconnaissance du compositeur par le public français : manuscrits et dessins originaux, portraits d’artistes ayant croisé Mozart ou l’ayant interprété, maquettes de costumes et projets de décors pour ses opéras.
Présentation chronologique en trois actes de ces relations tumultueuses puis apaisées : les trois séjours de Mozart à Paris, l’adaptation de ses œuvres au goût français et sa consécration sur les scènes lyriques.

Les attraits de la rentrée

Coming soon…

24 juillet 2017 : Pour ceux qui n’ont plus besoin de rien pendant les vacances, quelques albums et autres attraits qui les attendent à la rentrée. 
Dans le sillage de Jonas Kaufmann, Juan Diego Flórez et Elina Garanca.

L’effet magique de "L’Opéra"
C'est le nouvel album de Jonas Kaufmann consacré à l’opéra français dont tout le monde parle déjà : Gounod, Berlioz, Massenet, Bizet mais aussi Offenbach (Contes d'Hoffmann), Meyerbeer (L‘Africaine), Halévy (La Juive), Thomas (Mignon) ou Lalo (Le Roi d’Ys). Parution à partir du 15 septembre.

Et Don Carlos, la version française et son casting 5 étoiles en octobre à Bastille.
Son récent Otello devrait paraître un jour de 2018 en DVD. Tout comme d’autres productions du Royal Opera House : Boris Godounov/Bryn Terfel, Norma/Sonya Yoncheva, Joseph Calleja), Lucia di Lammermoor/Diana Damrau, Ludovic Tézier, Les Contes d’Hoffmann/Vittorio Grigolo (Catalogue Unitel 2017)

Otello de Verdi au Royal Opera House

Le chant comme une œuvre d’art


Jonas Kaufmann - Otello
©Catherine Ashmore /ROH
27 juin 2017 : Le rôle des rôles, si exigeant qu’il convient de le mûrir et de le façonner musicalement. Jonas Kaufmann s’y prépare depuis longtemps et ce moment tant attendu fait le bonheur du public du Royal Opera House, et le mien en particulier.

Toute prise de rôle du ténor est une nouvelle expérience esthétique personnelle. Une fois de plus, l’esthète musicien m’a émue et fascinée. 
Sérénité, maîtrise et musicalité inégalée s’unissent pour offrir un Otello incomparable, au sens "déjà connu comparable".

Le chant comme une œuvre d’art. Son Otello tient sa beauté dans son interprétation en résonance avec les sentiments, les motivations et les cicatrices du personnage. Le chant viril, le timbre velours, la sensibilité, le pianissimo, les nuances en manifestent les détours.

Otello à Londres, prise de rôle de Jonas Kaufmann


14 juin 2017 : Le Royal Opera House présente une nouvelle production d’Otello de Verdi à partir du 21 juin. Les fans d'opéra du monde entier attendent avec impatience les débuts de Jonas Kaufmann dans le rôle-titre. Une chance que cette nouvelle production de Keith Werner soit relayée en direct en salles de cinéma le 28 juin prochain !


Dans cette tragédie passionnelle et sanglante, on retrouve les thèmes favoris de Verdi : la jalousie et la vengeance, la manipulation, la violence des contrastes avec la pureté de l’héroïne et la grandeur du héros. Un sens aigu du drame polarisé autour de moments d’action intenses, une musique d’une grande puissance expressive traduisant les pires travers de l’humanité, des arias superbes, Verdi laissant la primauté à la voix. 

Et quel rôle ! L’un des plus exigeants, d’une vocalité hors norme, dans lequel Jonas Kaufmann saura saisir le spectateur de l’emprise de sa voix, matière première de la souffrance et du désespoir dans ce contexte shakespearien. Au-delà de la musicalité du chanteur, c'est le supplément de vérité qui lui permet de nous toucher au cœur, avec cet investissement si profond dont il est capable.

Renée Fleming fait ses adieux à la scène


Le 13 mai dernier, Renée Fleming chantait ses adieux à la Maréchale sur la scène du Metropolitan Opera
Son dernier Chevalier à la Rose, une nouvelle production de Robert Carsen, et un public ému. 

Chère Renée Fleming
Même si vous faites savoir à tous les dévots à votre voix partout dans le monde que vous n’êtes pas prête pour la retraite, permettez-moi de me joindre au concert de soupirs pour votre dernière apparition dans un opéra. 
Dans cet opéra de Richard Strauss, la Maréchale est une femme belle que la maturité et la sagesse empêchent de s’illusionner sur l’amour pour un homme beaucoup plus jeune. Cette méditation suprême sur le vieillissement et le passage du temps restera l’éloquent choix d’un adieu à trois décennies de votre vie de soprano.