Le rajeunissement est en marche à l'opéra

Opéra Garnier © Chan Richie

22 février 2018: Cette semaine, The New-York Times pointait "l’improbable révolution jeune à l’Opéra de Paris". 


Rendre possible l’ouverture et l’accessibilité à l’opéra, Stéphane Lissner s’y emploie pour la 4ème année consécutive. Avec des avant-premières à 10€ pour les moins de 28 ans et une réduction de 40% pour les trentenaires, c’est 95 000 nouveaux venus, soit 10% des billets vendus. 

Les actions entreprises pour rajeunir le public se poursuivent. En 1980, l’âge moyen du public était de 65 ans, il est de 45 ans en 2017. Mais Paris n'est pas seul : 39% des réservations au Royal Opera House de Londres ont désormais 40 ans ou moins. En comparaison, il est de 58 ans au Met de New-York et 54 ans au Staatsoper de Berlin. 


Italienisches Liederbuch à la Philharmonie de Paris

Petits instantanés de la vie amoureuse

17 février 2018 : Les nombreux bouquets et cadeaux offerts à Diana Damrau et Jonas Kaufmann à la fin du concert expriment le respect, la reconnaissance et l’admiration voués par le public à ce duo vocal de grande qualité. 
Italienisches Liederbuch, deux voix, un piano et 46 courtes pièces dédiées à l’expression amoureuse. En nous promenant dans les labyrinthes de la vie à deux, Hugo Wolf souligne les mille manières dont les atomes amoureux entrent, sans cesse, en collision.

Hommes et femmes se confrontent un jour à la face sombre des beaux sentiments mais ne se comportent de la même façon. A lui, les sérénades charmeuses, la ruse et l’indifférence hargneuse. A elle, les bouderies, l’ironie et le dépit. Sentiments doux-amers, jalousie, fâcheries, pour mieux se retrouver et s’aimer.
Avec délicatesse, les deux artistes nous invitent à écouter la musique de ces expériences authentiquement humaines. Ils portent le texte, avec chair et sensibilité. Tous deux excellent dans l’art de la suggestion, de l’expression du sentiment évoqué par le poème, de la diction accomplie. Un récital de charme par un duo vocal réuni pour la première fois en concert, soutenu par l’excellent piano d’Helmut Deutsch.

Saison 2018-19 à l'Opéra de Paris

Audace et tradition

30 janvier 2018 : L’Opéra de Paris annonce 19 titres dont 7 nouvelles productions pour la saison 2018-19. De nouvelles sources d’exaltation pour tout amateur d’opéra et un enthousiasme renouvelé pour l’institution parisienne depuis la prise de fonction de Stéphane Lissner. Il avait promis "les plus grands chanteurs, les plus grands musiciens, les plus grands metteurs en scène", promesse tenue. Le seul bémol revient peut-être à "l’audace" théâtrale de certaines figures de la mise en scène, appréciée de façon mitigée par le public. De belles surprises et débats en perspectives !

Ouverture de la saison avec Tristan et Isolde selon Peter Sellars et Bill Viola. Les nouvelles productions sont confiées aux audacieux : Claus Guth pour la création mondiale de Bérénice de Jarrell, la monumentale fresque de Meyerbeer Les Huguenots à redécouvrir dans la vision d’Andreas Kriegenburg, le sulfureux Calixto Beito pour Simon Boccanegra, Dmitri Tcherniakov pour Les Troyens, Romeo Castelluci pour Il Primo Omicidio de Scarlatti, Krzysztof Warlikowski pour Lady Macbeth de Mzensk et Ivo Van Hove pour Don Giovanni

Anja Harteros à la Philharmonie

22 janvier 2018
Anja Harteros chante les Wesendonck-Lieder, hors du temps, hors du monde, à la Philharmonie de Paris.

Il faut à peine quelques secondes pour succomber aux sortilèges de l’une des sopranos les plus fascinantes de sa génération. Port de reine, noblesse, grâce, la voir apparaître sur scène, c’est déjà l’entendre chanter. 

La beauté envoûtante de son chant capture immédiatement l’attention, installant le silence d’où émerge l’émotion intime. De celle qui ne nous quitte plus, comme un sésame pour accéder à la richesse d’une voix céleste. De celle qui rejoint notre sensibilité souterraine qui resurgit à fleur de peau. 

Meilleurs Voeux 2018



Aux amoureux de l’art lyrique, je souhaite le plaisir de succomber de nouveau à ses sortilèges en 2018. A ses interprètes, de garder cette passion du chant qui les anime pour nous enchanter du merveilleux de leur voix.
Immatérielle et évanescente comme le souffle qui l’a créée, la voix unit les chanteurs aux spectateurs qui l’accueillent comme un miracle car tellement vulnérable. 

L’artiste lyrique conjugue deux dispositions qu’il relie harmonieusement : le développement de sa voix comme un sportif pour survoler l’orchestre et la dimension expressive pour faire entendre la voix humaine parée de toutes ses émotions. 
L’espace d’un chant, on entend l’écho de son propre cœur, parce qu’à l’opéra, tout est plus fort, y compris les émotions.

L’année 2017 s’est refermée sur ces moments insaisissables avec quelques images au-dessus des autres : Lohengrin, Otello, Don Carlos, Andrea Chénier, Eugène Onéguine et les adieux de La Maréchale. 

Bonne Année 2018 ! Happy New Year ! Frohes Neues Jahr ! Felice Anno Nuovo ! Feliz Año Nuevo ! С Новым Годом !




Zapping de Fêtes

Les médias TV-web saisissent l'occasion des Fêtes pour poser quelques cadeaux lyriques au pied du sapin.
A découvrir sur Arte, France 2, Mezzo et Staatsoper TV.

21 décembre à 00h20 (22/12): Rigoletto de Verdi dans la production de Claus Guth de 2016 à l’Opéra de Paris sur France 2. 
Avec de nouveaux talents qui mis le public à leurs pieds pour leur première apparition à Bastille : le baryton hawaïen Quin Kelsey et son timbre qui donne des frissons, Olga Peretyatko et ses aigus cristallins en divine Gilda et Michael Fabiano dans le rôle du Duc de Mantou, libertin et cocaïnomane.

23 décembre à 18h10 : Pavarotti, hommage aux arènes de Vérone sur Arte. 10e anniversaire de sa mort avec Plácido Domingo et José Carreras en "duos virtuels".

23 décembre à 20h00 : Belcanto Christmas sur medici.tv avec Juan Diego Flórez en concert à l'Académie Santa Cecilia de Rome et Sir Antonio Pappano qui dirige Mozart, Rossini, Donizetti, Offenbach, Puccini et Verdi.

Andrea Chénier à l'Opéra de Bavière

L'Opéra-passion


Anja Harteros et Jonas Kaufmann
BSO - © W Hoesl
Demandez à tous ceux qui sortaient de cette représentation pourquoi leur passion pour l’opéra n’est pas prête de s’éteindre : Jonas Kaufmann et Anja Harteros en habitent les sommets, là est sans doute la beauté de cet Andrea Chénier.

Tel un peintre du XVIIIe témoin de la Révolution Française, Philipp Stölzl nous charme de ses images poudrées et de son théâtre qui réveille notre âme d’enfant. Magie du vérisme, la musique d’Umberto Giordano est l’incarnation la plus enthousiaste et extatique de cette époque.
La joie peut être une ivresse lorsque la musique, les voix, le théâtre et l’amour par procuration trouvent dans ses interprètes de quoi ériger l’un de nos plus beaux souvenirs.

Avouons-le, nous allons aussi à l’opéra pour vivre nos passions secrètes par héros interposés. Et chaque fois que ce couple lyrique chante ensemble l'amour et la mort, le spectateur est "soumis" à un débordement émotionnel. Sonorité royale et moyens victorieux, deux voix unies dans l’intensité passant les flammes de l’orchestre, mais toujours individuellement audibles et magnifiques. 


De la Maison des Morts de Janácek à l'Opéra Bastille

D’une force inouïe

© Elisa Haberer, Opéra de Paris
27 septembre 2017 : L’ouvrage du compositeur tchèque revit à l’Opéra de Paris dans la production de Patrice Chéreau, dix ans après sa création à Vienne, déjà sous l’impulsion de Stéphane Lissner

Expérience immersive intense d’où jaillit une émotion qui ne nous quitte pas. Un spectacle fascinant dont la puissance repose sur la convergence de la musique âpre mais d’un lyrisme déchirant, du pathétique de ces vies brisées et de l’humanité dans le regard du metteur en scène. 

Lorsqu’il meurt en août 1928, Janácek vient d’achever cet opéra, son neuvième, d’après les souvenirs des quatre années de bagne de Dostoïevski. Il met en scène des exclus, des prisonniers politiques et des meurtriers dans un bagne de Sibérie où ils sont condamnés à terminer leur vie. Des hommes enfermés accablés dont nous allons entendre les plaintes et les aveux. Car dans cet opéra carcéral et masculin où même la lumière est glacée, tout n’est pas désespéré. "En chaque homme, une étincelle divine", les mots de Dostoïevski sont en exergue de la partition. 

Juan Diego Flórez au Théâtre des Champs Elysées

Jour de fête !

12 novembre 2017 : "Ah ! Mes amis, quel jour de fête ! ", le premier bis de Juan Diego Flórez pourrait résumer cette magnifique et jubilatoire soirée. 
Dans tous les répertoires abordés, le ténor anoblit l’art du chant. 
Musicien hors pair né avec un charme vocal et une virtuosité athlétique, il n’a cessé de perfectionner ses qualités dans toutes les langues désormais. 

Prince des charmeurs pour une première partie consacrée à Mozart, un baume sur le phrasé. Il façonne les lignes d’une sensibilité innée pour Don Ottavio et Tamino et il pare Idomedeo de colorature, il n’a rien perdu de son passé belcantiste.