CDs

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"Nessun Dorma - The Puccini Album".
Parution le 11 septembre 2015



Aida de Verdi
Parution le 2 octobre 2015












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Du bist die Welt für mich
Juillet 2014

Jonas Kaufmann rouvre une page de l’histoire musicale allemande dans un CD "Du bist die Welt für mich" qui rend hommage aux opérettes des années 30 à Berlin. En pleine crise économique de l’entre-deux-guerres, la République de Weimar était le centre d’une création artistique considérable. On assiste alors à une explosion d’œuvres dite "légères" sous la plume de nombreux compositeurs comme Lehár, Stolz, Abraham, Tauber, May et Korngold. Ces musiciens seront victimes du fanatisme racial à l’arrivée du nazisme et subiront un destin tragique pour la plupart.

A la fois "classique" et "populaire", ces opérettes revêtent alors la mission sociale de divertir les populations confrontées à une grave crise politique. Jonas Kaufmann rend hommage à ce répertoire écrit pour les ténors. Car ces opérettes sont tout sauf poussiéreuses, elles sont impertinentes, satiriques et bien sûr très joyeuses. C'est une redécouverte et une incursion dans le "divertissement léger" comme il le souligne. A n’en pas douter, il a dû imprimer sa touche personnelle de sensibilité et profondeur à cet enregistrement qui devrait sortir en septembre prochain. On imagine que le ténor bavarois n’a pas été insensible aux effets de cette musicothérapie des années 30, apportant toute sa subtilité et sa richesse musicale à ce répertoire oublié.


Winterreise de Schubert

Opéra : "Coup de coeur - A écouter en boucle ! "

"Six mois après un passionnant album Verdi, Jonas Kaufmann poursuit son aventure avec Sony Classical et livre une interprétation captivante de Winterreise. Un artiste hors normes et hors du temps, pour le cycle le plus halluciné de toute l'histoire du lied.

L'errance de l'amoureux projetant dans la nuit d'un hiver fantasmé les images de sa désespérance, Jonas Kaufmann et son inséparable Helmut Deutsch l'ont souvent incarnée en public. Dans le silence monacal de l'August Everding Saal de Grunwald, près de Munich, ils en peaufinent une version qui pourrait bien éclipser la plupart des autres. Notre wagnérien extatique avait pu être jugé un rien trop sombre et véhément dans son interprétation de Die schöne Müllerin (Decca). Il se coule à présent dans les harmonies de Winterreise en jouant du clair-obscur de son timbre, de son médium voilé, soudain porté à l'incandescence vers un aigu irradiant. Sans que jamais le mot ou les aspérités de l'allemand ne soient surlignés à la manière d'un Dietrich Fischer-Dieskau, sans davantage exacerber la vocalité au détriment d'un discours infiniment concentré.


Plus apollinien que nietzschéen, Helmut Deutsch, mentor de Kaufmann, attentif aux desiderata de son fougueux élève, en est le contrepoint classique, rythmicien impeccable, d'une suprême élégance (Rast, Die Krähe, Täuschung) contrastant avec l'énergie déployée. Ce Winterreise, à la fois très engagé et personnel est à écouter en boucle !"


Mars 2014



L’Amour

Resmusica : "Flórez à la croisée des chemins"
"Le dernier récital de Juan Diego Flórez datant de 2010, la parution de ce CD permettra à certains de faire l’état des lieux sur l’évolution vocale et artistique d’un des chanteurs les plus doués de notre époque. Depuis cette date, plusieurs prises de rôle importantes ont en effet marqué l’univers de ce rossinien accompli – Guillaume Tell à Pesaro en 2013, mais aussi Nadir des Pêcheurs de perles à Las Palmas en 2012 – et l’on est en droit de se demander quel sera dans les temps prochains le parcours musical de ce jeune quadragénaire qui enchante les salles d’opéra depuis bientôt une vingtaine d’années.

Tout d’abord, qu’on se rassure ! L’instrument est impeccablement préservé, et Juan Diego continuera à n’en pas douter à ravir ces fans pour encore deux décennies à venir. L’aigu et le suraigu sont rayonnants, et le timbre a acquis avec les années une rondeur et une couleur barytonales qui enrichissent une des plus belles voix de notre génération. Dans les dix minutes extraites de La Favorite, Flórez confirme son expertise et ses affinités avec le répertoire du bel canto, dans lequel il reste aujourd’hui sans égal.

Le programme relativement original de ce CD permet d’entrevoir des pistes pour les prises de rôle à venir. Le juvénile Roméo avec lequel se clôt cet enregistrement permet ainsi d’imaginer également, pourquoi pas, un futur Faust. Et si Gérald de Lakmé, parfaitement phrasé, … de La Jolie fille de Perth ou encore Wilhelm Meister de Mignon ne feront sans doute jamais partie du répertoire du ténor péruvien, Werther, dont deux airs figurent sur ce récital, semble l’attendre au tournant. Les rondeurs vocales de Flórez en feront assurément un protagoniste pour l’opéra de Massenet."

Mars 2014



The Verdi Album

Opéra : "Coup de coeur - Impressionnant"


"Pour son entrée chez Sony, Jonas Kaufmann signe le disque le plus marquant, à ce jour, de l'année Verdi. Le programme est remarquablement composé, avec des airs qui, contrairement à ce qui se passait dans l'album «vériste», s'accommodent tous de ce climat de passion exacerbée, de violence et de tragédie, instauré à grand renfort d'accents puissamment martelés et d'aigus poussés au paroxysme. C'est évidemment le cas des deux interventions d'Otello (« Dio ! mi potevi scagliar» et «Niun mi tema»), ténor dramatique par excellence et authentique psychopathe, où Jonas Kaufmann atteint comme on pouvait s'y attendre, des sommets d'intensité et d'émotion. Mais aussi des héros maudits de Schiller, tels Carlo d'I masnadieri, Rodolfo de Luisa Miller et Don Carlo (le duo du Il avec le Posa de Franco Vassallo, solide mais sans relief particulier), de Don Alvaro dans La forza del destin (jamais l'appel au secours de «O tu, che in seno agli angeli» n'a retenti avec autant d'urgence), ou encore de Gabriele Adorno (l'énergie et la véhémence du récitatif «O inferno !» clouent sur place).



Riccardo d'Un ballo in maschera n'a pas les mêmes instincts meurtriers et/ou suicidaires. Pourtant, Jonas Kaufmann réussit à insuffler dans «Di' tu se fedele» et «Ma se m'è forza perderti» une dose d'angoisse, une sorte d'anticipation de la tragédie à venir, qui captivent. Surtout que l'interprète se montre de bout en bout nuancé, usant savamment du sforzando et délivrant, par exemple, un «Ah, la paterna mono» de Macbeth impeccablement conduit sur le souffle et véritablement bouleversant Dans ce disque, qui s'écoute avec un plaisir d'autant plus vif que le ténor veille à différencier chacun des onze personnages abordés, notre moment préféré — s'il en existe un — est peut-être «Celeste Aida», conclu sur un si bémol piano diminuendo sidérant où Jonas Kaufmann parvient dans une romance amoureuse o prion toute simple, à laisser affleurer l'imminence d'un engrenage fatal.

Au bilan, un disque exceptionnel, où Kaufmann, en rappelant tour à tour Mario del Monaco, Franco Corelli et Jon Vickers, réussit à imposer un ton et un style extrêmement personnels. Ceux qui veulent à tout prix, du soleil dans Verdi passeront sans doute leur chemin. Les autres, comme nous, appelleront de leurs vœux un deuxième album !"

Octobre 2013

Kaufmann - Wagner

Forum Opéra : "Géant !"

"Le geste pourrait n’être qu’opportuniste : Jonas Kaufmann consacre son nouveau récital discographique à Richard Wagner en l’année du bicentenaire de sa naissance. Le programme traduit pourtant une volonté de dépasser l’approche mercantile qui aurait consisté à reprendre les quelques « tubes » wagnériens que le ténor a d’ailleurs pour la plupart déjà enregistrés. On trouve en effet ici des scènes plutôt que des airs, et les Wesendonck Lieder que l’on a l’habitude d’entendre chantés par une voix féminine.


La version proposée ici est celle orchestrée par Félix Mottl dans les années 1890. L’option, apocryphe, autorise de contrevenir à la volonté initiale du compositeur. Le résultat perd en sensualité ce qu’il gagne en véhémence. Lohengrin se dessine avec une netteté accrue quand d’habitude, les longues tenues harmoniques de « Der Engel » ne font que le suggérer. La rêverie de Tristan que l’on perçoit derrière les accords blessés de « Im Treibhaus » n’a jamais paru aussi amère. Cette nouvelle orientation relèverait de l’anecdote si l’interprétation ne venait la légitimer. Le théâtre s’engouffre à grands flots dans la brèche ouverte par un chant qui s’emploie à charger d’intention chaque note. Là où d’autres placent ces mélodies sur le terrain immatériel de la passion, désincarnées à force d’être sublimes, Kaufmann les érige tels des totems païens dans leur flamboyante humanité, tour à tour révoltées (l’élan bravache de « Schmerzen ») ou accablées (les teintes blafardes de « Träume ») mais toujours habitées. Ainsi les Wesendonck Lieder s’enchaînent sans rupture avec les numéros précédents, donnant à l’ensemble du récital une cohérence imprévue.

Les extraits d’opéra qui ouvrent le programme exposent en effet le même souci d’expression, la même recherche de couleurs qui aide par exemple à distinguer Siegmund de Siegfried. Le premier possède un bronze volontairement sombre quand le second se caractérise par davantage de lumière. Du fils de Wotan, les amateurs de sensations fortes retiendront des « Walse »infinis, à couper le souffle, et de l’amant de Brünnhilde étendu sous le tilleul, un « meine Mutter » enflé jusqu’à l’indécence avant que le thème de l’oiseau ne vienne déposer sur ce chant héroïque un voile que la direction de Donald Runnicles nimbe de poésie. L’Orchester der Deutsche Oper Berlin sait tout au long de l’enregistrement se hisser à la hauteur épique du ténor. Rienzi, étincelant dans son armure, est idéal de noblesse, tandis qu’au contraire Tannhäuser possède les accents saumâtres de celui qui a déchu. L’art de Jonas Kaufmann réside ainsi dans cette force de l’interprétation à laquelle s’ajoutent comme toujours la plastique de la voix, l’impression rare de solidité et le tracé d’une ligne que l’on sent mieux maîtrisée, comme débarrassée de ces à-coups qui parfois la déformaient. « In Fermen land », qui figurait déjà dans Sehnsucht, aide à mesurer le chemin parcouru. Avec la même beauté intrinsèque, le ténor offre à Lohengrin une émotion supplémentaire et par rapport à l’enregistrement précédent cinq minutes de bonheur en plus. « Notre époque a aussi ses géants » exultions-nous en 2008 à l’écoute de Romantic arias. Jonas Kaufmann se présente ici dans le répertoire qui semble le mieux lui correspondre et Dieu, qu’il est grand !"

Février 2013

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